TDAH chez l'enfant

Les enfants ont-ils tous un TDAH ?

Autrefois, le TDAH (Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) était souvent relégué au statut de simple « fougue enfantine ». Mais aujourd'hui, le TDAH est un sujet brûlant dans les salles de classe, les cabinets médicaux et même les réunions de parents d'élèves. Pourquoi cette explosion soudaine des diagnostics de TDAH chez les enfants ? Est-ce une prise de conscience nécessaire ou une surenchère médicale ? La Tribu Happy Kids est partie enquêter sur ce phénomène pour vous.


Qu’est-ce que le TDAH ?

Le Trouble Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est un trouble neurodéveloppemental (TND) caractérisé par une triade de symptômes principaux : l'inattention, l'impulsivité et l'hyperactivité – 17% des enfants diagnostiqués associent les 3 symptômes (HAS, 2015). Ces symptômes peuvent se manifester de différentes manières selon les individus et sont souvent observés dès l'enfance, mais peuvent persister à l'âge adulte. Les garçons sont diagnostiqués TDAH environ 2 à 3 fois plus souvent que les filles. 

  • L'inattention, qui concerne 47% des enfants diagnostiqués, se traduit par des difficultés à maintenir la concentration, à suivre des instructions ou à terminer des tâches. 
  • L'hyperactivité, qui concerne 36% des enfants diagnostiqués, est marquée par une activité motrice excessive et inappropriée au contexte
  • L'impulsivité, qui concerne 36% des enfants diagnostiqués, se manifeste par des actions précipitées sans considération des conséquences. 

Le TDAH peut avoir un impact significatif sur le fonctionnement quotidien, les performances scolaires ou professionnelles, ainsi que sur les relations interpersonnelles. 

Cependant, avoir un des symptômes du TDAH ne signifie pas nécessairement que votre enfant est TDAH : La Tribu Happy Kids vous donne des conseils pour apprendre à votre enfant à gérer son impulsivité



L'explosion des diagnostics de TDAH chez les enfants : une réalité ou une mode passagère ?

Commençons par les chiffres. Les statistiques montrent une augmentation significative des diagnostics de TDAH au cours des dernières décennies. Aux États-Unis, environ 10% des enfants ont été diagnostiqués avec un TDAH, un chiffre en hausse constante. En France, bien que les chiffres soient plus modestes, la tendance à l'augmentation est également présente. 

En 2023, environ 400 000 à plus d'un million d'enfants en France ont été diagnostiqués avec un Trouble Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH). La prévalence du TDAH chez les enfants français varie entre 3,5 % et 5,6 % selon les études​ (Lecendreux & al., 2011), ce qui est proche de la prévalence du TDAH au niveau mondial (entre 2% et 7% selon Sayal et al. en 2018).

Mais pourquoi ?

  1. Une meilleure sensibilisation : Il est indéniable que les enseignants, les parents et les médecins sont aujourd'hui mieux informés sur le TDAH. Cette sensibilisation accrue conduit à une reconnaissance plus rapide des symptômes. En 2015, en France, l’âge moyen du diagnostic par un spécialiste se situe à 9-10 ans (HAS, 2015).
  2. Des critères de diagnostic plus larges : Au fil des ans, les critères de diagnostic se sont élargis. Ce qui autrefois était considéré comme un comportement normal pour un enfant énergique peut désormais être étiqueté comme du TDAH.
  3. Pressions académiques : Dans une société où la réussite scolaire est de plus en plus valorisée, les enfants qui ne suivent pas le rythme se retrouvent rapidement sous le microscope. Un diagnostic de TDAH peut parfois offrir une explication (et des accommodations) pour des enfants en difficulté.

Les causes derrière le TDAH : génétique, environnement ou influence des super-héros ?

Alors, qu'est-ce qui cause le TDAH ? Est-ce les gènes, le sucre, les écrans ou une surconsommation de films Marvel ?

  1. Facteurs génétiques : La recherche montre que le TDAH a une forte composante héréditaire. Si un parent a un TDAH, il y a une forte probabilité que son enfant l'ait aussi (Lecendreux, Konofal, & Touzin, 2003 ; Dallaire & Lafortune, 2008). 
  2. Environnement : Les facteurs environnementaux jouent également un rôle. L'exposition prénatale à des substances toxiques, le stress pendant la grossesse, et même des complications à la naissance peuvent contribuer à l'apparition d'un TDAH chez un enfant (Günter, 2015 ; World Federation of ADHD, 2021).
  3. L'ère numérique : La prolifération des écrans dans la vie des enfants est souvent pointée du doigt. L'hypothèse est que l'exposition constante à des stimulations rapides et variées peut exacerber les symptômes du TDAH. Cependant, la relation causale n'est pas encore clairement établie. Pour plus d’informations sur les risques liés aux écrans, n’hésitez pas à consulter le blog de La Tribu Happy Kids.
  4. Les régimes alimentaires : Certains suggèrent que les régimes riches en sucre et en additifs alimentaires pourraient aggraver les symptômes du TDAH. Bien que les preuves soient mixtes, une alimentation équilibrée est toujours une bonne idée.

Le TDAH : diagnostic et traitement

Diagnostiquer le TDAH n'est pas une mince affaire. Cela implique une évaluation complète par des professionnels de santé qualifiés, souvent des psychologues ou des psychiatres. Le processus inclut :

  • Des entrevues et questionnaires : Les parents, les enseignants et les enfants sont interrogés pour comprendre le comportement de l'enfant dans différents contextes.
  • Des observations directes : Parfois, les professionnels observent directement l'enfant pour noter les comportements caractéristiques.

En termes de traitement, plusieurs options sont disponibles :

  1. Thérapies comportementales : Travailler avec des thérapeutes pour développer des stratégies de gestion du comportement est crucial. Cela inclut des techniques de modification du comportement, des stratégies d'organisation, et des compétences sociales.
  2. Interventions scolaires : Les enfants avec un TDAH peuvent bénéficier de plans d'éducation individualisés (PEI) qui offrent des accommodations spécifiques pour les aider à réussir à l'école.
  3. Médicaments : Les stimulants comme le méthylphénidate (Ritaline) sont couramment prescrits (Ponnou & al., 2022). Ils peuvent aider à améliorer l'attention et réduire l'hyperactivité, mais ils ne sont pas sans effets secondaires. On note une hausse constante de la prescription de MPH chez les enfants entre 6 et 11 ans (+63%), avec une durée médiane en croissance également – bien qu’aucune étude n’atteste de manière claire les bénéfices longue durée du traitement. La médicamentation des enfants souffrant de TDAH reste encore un vaste champ de recherche. 
Évolution du taux de prévalence de la prescription de MPH. Ce taux est exprimé en pourcentage de la population générale pour chaque tranche d’âge et chaque période. (Ponnou & al., 2022)

Les défis quotidiens et comment les surmonter pour les parents d’enfants avec TDAH

Vivre avec un enfant diagnostiqué avec un TDAH peut ressembler à une montagne russe émotionnelle. Un jour, ils sont calmes et concentrés, et le lendemain, c'est comme s'ils avaient pris dix expressos. 

Voici quelques conseils pratiques pour les parents :

  1. Établir des routines : Les enfants avec un TDAH prospèrent dans des environnements structurés. Des routines régulières pour les repas, les devoirs et le coucher peuvent faire des merveilles. On vous en dit plus sur l’importance des routines dans cet article de notre blog. 
  2. Renforcer positivement : Plutôt que de punir les comportements indésirables, récompenser les comportements positifs peut être beaucoup plus efficace. La Tribu Happy Kids a à cœur de développer une pédagogie positive et ludique pour encourager les enfants !
  3. Faire preuve de patience et d'humour : Oui, il y aura des jours difficiles. Mais garder une attitude positive et un sens de l'humour peut aider à atténuer le stress.

Pour aider les enfants à gérer leurs émotions, La Tribu Happy Kids a développé « Mon Kit de Médiation Émotionnelle » : ce kit s’articule autour de 4 thématiques (la tête ou l’intelligence, le corps, le cœur ou l’affectivité et l’environnement). Son objectif ? Diminuer l’anxiété, renforcer les liens familiaux et améliorer la confiance en soi de l’enfant en facilitant sa compréhension de lui-même. Il peut être utilisé par les professionnels lors de leurs séances, mais aussi par les parents à la maison.


Le TDAH à l'école : comment les enseignants peuvent aider les enfants qui ont un TDAH

Les enseignants jouent un rôle clé dans la gestion du TDAH. Ils sont souvent les premiers à repérer les signes et peuvent mettre en place des stratégies pour aider l'enfant à réussir en classe. Voici quelques approches efficaces :

  1. Des instructions claires et concises : Les enfants avec un TDAH peuvent avoir du mal à suivre des instructions complexes. Des consignes claires et simples sont plus faciles à comprendre et à suivre.
  2. Des mouvements réguliers : Permettre des pauses régulières pour bouger peut aider à canaliser l'énergie de manière positive.
  3. Des méthodes d'apprentissage variées : Utiliser une combinaison de supports visuels, auditifs et kinesthésiques peut aider à maintenir l'intérêt et l'engagement.

Les défis du diagnostic des TDAH : superflu ou nécessaire ?

Malgré la reconnaissance croissante du TDAH, il existe une polémique autour de la question de la sur-diagnostication. Certains critiques soutiennent que les comportements normaux des enfants sont trop souvent pathologisés, menant à des diagnostics excessifs. D'autres soutiennent que le TDAH est sous-diagnostiqué, en particulier chez les filles, qui peuvent présenter des symptômes moins évidents d'hyperactivité.


Les stéréotypes et stigmatisation des enfants avec un TDAH

Les enfants diagnostiqués avec un TDAH peuvent souvent être stigmatisés, étiquetés comme « turbulents » ou « difficiles ». Cette stigmatisation peut avoir des effets néfastes sur leur estime de soi et leur bien-être émotionnel. Il est crucial de promouvoir une compréhension et une acceptation plus larges de ce trouble.


Vers une meilleure compréhension et acceptation des enfants qui ont un TDAH

Alors, que pouvons-nous faire pour améliorer la situation ?

  1. Éducation et sensibilisation : Continuer à éduquer les parents, les enseignants et les enfants sur le TDAH est essentiel pour réduire la stigmatisation et promouvoir des approches efficaces.
  2. Recherche et innovation : Soutenir la recherche continue sur les causes, les traitements et les meilleures pratiques pour gérer le TDAH est vital.
  3. Soutien communautaire : Créer des réseaux de soutien pour les parents et les enfants peut offrir des ressources précieuses et un espace pour partager des expériences et des conseils.

Le TDAH est un sujet complexe et en évolution. L'augmentation des diagnostics peut refléter à la fois une meilleure reconnaissance et des défis liés à notre mode de vie moderne. En adoptant une approche équilibrée, en offrant des soutiens adéquats et en restant ouverts à la recherche et à l'innovation, nous pouvons mieux comprendre et gérer ce trouble. Et souvenons-nous, dans les moments de stress, qu'un peu d'humour peut souvent être le meilleur remède !

Le TDAH chez les enfants est une réalité qui nécessite une compréhension nuancée et une approche bienveillante. En continuant à explorer et à comprendre ce phénomène, nous pouvons espérer offrir un avenir plus serein et épanouissant à tous les enfants concernés.

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Sources

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Brown, T. E. (2005). Attention deficit disorder: The unfocused mind in children and adults. Yale University Press.

Dallaire, S. & Lafortune, D. (2008). Trouble de déficit d'attention : facteurs génétiques et familiaux: Une recension des écrits. La psychiatrie de l'enfant, 51, 275-312. https://doi.org/10.3917/psye.511.0275

Dawson, P., & Guare, R. (2009). Smart but scattered: The revolutionary "executive skills" approach to helping kids reach their potential. Guilford Press.

Günter, M. (2015). Trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) : un trouble de la transformation des affects et de la pensée ?. L’Année psychanalytique internationale, 2015, 121-154. https://doi.org/10.3917/lapsy.151.0121

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Lecendreux, M., Konofal, E., & Touzin, M. (2003). L’Hyperactivité. « Réponses à vos questions sur… ». Solar.

Lecendreux, M., Konofal, E., & Faraone, S. V. (2011). Prevalence of attention deficit hyperactivity disorder and associated features among children in France. Journal of Attention Disorders, 15(6), 516–524. https://doi.org/10.1177/1087054710372491 

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Ponnou, S., Haliday, H., Thomé, B., & Gonond, F. (2022). La prescription de méthylphénidate chez l’enfant et l’adolescent en France : caractéristiques et évolution entre 2010 et 2019. Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence, 122-131.

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